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PDF JEUNES BRETAGNE

Istanbul : les leçons d’un nouvel attentat

3 Janvier 2017, 22:59pm

Publié par Nicolas Bretagne

Istanbul : les leçons d’un nouvel attentat

C’était évidemment prévisible : l’État islamique a revendiqué l’attentat d’une boîte de nuit ayant ensanglanté la Saint-Sylvestre stambouliote. Voilà qui pose au moins ces quelques questions :

L’organisation qui revendique un attentat n’est pas forcément celle qui l’a perpétré ou commandité : on peut voler au secours de la victoire ou de la défaite ; cela s’est déjà vu.

La politique erratique d’Ankara porte ses fruits – de l’espèce vénéneuse, il va sans dire. À force de jouer son pas de deux, soutien discret à l’État islamique tout en demeurant obnubilé par la question kurde et en prétendant faire figure de rempart contre l’islamisme de combat, pour ensuite se retourner contre lui, le président Erdoğan a fini par se rendre compte des limites – et des conséquences – de sa diplomatie à double, voire triple bande, et en paye aujourd’hui le prix : réconciliation tardive, et un brin humiliante, avec Moscou et Téhéran oblige.

Après, le choix de la cible. Une boîte de nuit située sur la rive occidentale du Bosphore, nid cosmopolite pour touristes fortunés et Stambouliotes friqués. Tout désigne donc le tueur islamiste. Mais lequel ? Le dépressif solitaire ou le suicidaire programmé par des réseaux on ne peut plus secrets ? Ou ce possible message envoyé par certaines puissances orientales voulant « punir » le gouvernement turc de son récent retournement d’alliance ? « Certaines puissances orientales » ? Mais lesquelles ? Sachant que dans les familles royales des proches environs, les cousins se comptent par milliers, entre ceux qui financent l’État islamique et les autres, rackettés par ce dernier…

De ces interrogations en découle une autre, d’ordre plus vaste, puisque concernant la mutation du terrorisme international.

Autrefois, ce dernier était terrorisme d’État, obéissant à des ordres précis, il était fort d’une logistique fournie par des pays tiers : planques, faux papiers, correspondants, caches d’armes et autres planques de repli.

Mais ce qui était vrai pour ces terrorismes à caractère plus ou moins politico-religieux (OLP, IRA, Irgoun, ETA) soumis à des règles n’est désormais plus de mise. Leur terrorisme était de l’ordre de la libération territoriale. Leurs revendications, elles aussi, obéissaient à ce même processus libératoire. Si Al-Qaïda a fait sauter l’ambassade américaine de Nairobi, en 1998, et coulé par le fond le destroyer étoilé USS Cole par le fond deux ans plus tard, à Aden, c’était juste pour dire aux Américains que la place de leurs bases militaires était partout, hormis en Arabie saoudite, terre sacrée abritant des lieux aussi saints que La Mecque et Médine. Là encore, la chose participait d’une certaine logique. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, cette dernière paraît échapper à toute raison.

En effet, les temps anciens ont laissé la place à une sorte de terrorisme ubérisé n’obéissant plus à la même rationalité : tout le monde peut conduire un taxi hors licence, tandis que tout un chacun peut semer la mort comme bon lui semble – le plus souvent pour des motifs les plus vagues.

Bien sûr, certains en appelleront, de l’un ou de l’autre côté de cette barricade en trompe-l’œil, à une lutte d’ordre eschatologique entre Orient et Occident, islam et chrétienté. Cette inusable scie est si séduisante qu’elle permet de ramener une réalité complexe aux schémas les plus simplistes et les plus réducteurs, tout en invoquant une oumma des plus fantasmatiques, sachant que cette communauté des croyants n’a jamais empêché les musulmans de se massacrer entre eux, tandis que la communauté des croyants n’a pas, non plus, dispensé les chrétiens de s’étriper mutuellement, deux guerres mondiales à l’appui.

Au moment de clore cet article, un ami iranien me glissait au téléphone : « Et si ce rapprochement entre Ankara, Moscou et Téhéran, voire Pékin, signifiait une possible renaissance des défunts empires mongols de jadis… »

Voilà qui mérite au moins d’être longuement médité.

 

Nicolas Gauthier

 

Source : http://www.bvoltaire.fr

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