Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
PDF JEUNES BRETAGNE

Faut-il supprimer le supplément familial pour les fonctionnaires ?

14 Juillet 2016, 06:44am

Publié par Nicolas Bretagne

Faut-il supprimer le supplément familial pour les fonctionnaires ?

Sa suppression ne permettrait-elle pas d’aller dans le sens d’une plus grande égalité entre public et privé ?

Son extinction, on en parle depuis longtemps. La Cour des comptes l’a demandée dans un rapport publié en septembre 2015. Le Point du 11 juillet revient sur ce sujet : le supplément familial de traitement ferait double emploi avec les allocations familiales et coûterait, à l’État, près de deux milliards d’euros par an. Outre la nécessité d’économies budgétaires, sa suppression ne permettrait-elle pas d’aller dans le sens d’une plus grande égalité entre public et privé ? Face à cette question, osons défendre un point de vue paradoxal : loin de le supprimer, pourquoi ne pas l’étendre au secteur privé ? Il y a de bonnes raisons pour cela.

Il faut d’abord savoir de quoi l’on parle. Mis en place par le régime de Vichy en 1941, abrogé à la Libération et immédiatement rétabli en 1945 dans le statut des fonctionnaires, le supplément familial de traitement (SFT) est versé jusqu’aux 20 ans des enfants. Prenant en considération la composition de la famille, il est censé pallier la faible rémunération des fonctionnaires. Élément du salaire, le SFT est soumis à l’impôt. Il est plafonné, avec une part fixe et une part modulable qui varie selon l’indice : son montant mensuel maximum, de 2,29 € pour un enfant, passe à 110,87 € pour deux enfants, 282,43 € pour quatre et 204,97 € par enfant supplémentaire. Sa suppression entraînerait donc une perte de salaire importante pour tous ceux qui, ayant plus d’un enfant, ont par définition plus de charges.

Contrairement à l’opinion commune, le principe du supplément familial de traitement n’a pas été imaginé pour les fonctionnaires. Dès le Second Empire, il fut appliqué au bénéfice des marins. À la fin du XIXe siècle, des patrons d’entreprises privées, suivant les recommandations de l’encyclique Rerum novarum, prirent des initiatives analogues. Il ne s’agissait pas seulement d’apporter une aide à la famille, mais de reconnaître qu’elle est une richesse pour la nation, qu’elle rend service à la société. C’était un investissement pour l’avenir.

Toute profession a ses avantages et ses inconvénients. Ainsi, il est démagogique de mettre l’accent sur le coût supposé des voyages gratuits dont bénéficient les cheminots et leurs familles : s’ils devaient payer, ils se déplaceraient moins et personne n’y gagnerait. Quant à ceux qui envient les professeurs « toujours en vacances », qu’ils viennent simplement enseigner une journée dans un collège ordinaire…

Plutôt que de souligner les « privilèges » des uns ou des autres, ne conviendrait-il pas de revenir aux sources et d’inventer des mesures propres à revaloriser le salaire de tous les travailleurs, du secteur public ou privé, qui élèvent des enfants ? L’État pourrait prendre à son compte ce sursalaire familial par une réduction des cotisations sociales, par exemple. Pour les professions non salariées, des modalités fiscales seraient examinées. Ce serait rentable à court terme pour la consommation et la vitalité de la France.

Il ne faut pas supprimer le supplément familial de traitement, mais l’étendre à tous. Dans le cadre d’une véritable politique familiale, on pourrait étudier en même temps des mesures propres à concilier ce supplément généralisé avec la multitude des allocations, qui confondent souvent aide sociale et aide aux familles. Ce serait, pour parler le sabir en vogue, un choc de simplification et un choc de justice. Voilà un chantier pour un futur gouvernement ! À condition qu’il considère la famille comme un atout pour la société, non comme un désavantage, comme un ballon d’oxygène, non comme un boulet.

Source : http://www.bvoltaire.fr/jeanmichelleost/faut-il-supprimer-le-supplement-familial-pour-les-fonctionnaires,271160

Commenter cet article